Bilan de l’année 2025 — Une année dense, imparfaite, mais profondément formatrice
- Abcp Corp

- 30 déc. 2025
- 11 min de lecture
Cette année a été tout sauf linéaire.Elle n’a pas été calme, ni simple, ni toujours confortable. Mais avec un peu de recul, elle apparaît surtout comme une année de transformation, de structuration et de remise en question profonde, autant sur le plan créatif que personnel et professionnel.
Plutôt qu’une liste de réussites ou d’échecs, ce bilan est un état des lieux honnête de ce qui s’est passé, de ce qui a avancé, de ce qui a bloqué, et surtout de ce que cette année m’a appris.*

Refonte du site internet : poser des bases plus saines
L’un des premiers chantiers importants de l’année a été la refonte complète du site internet. L'objectif n’était pas de “faire joli”, mais de rendre l’ensemble plus clair, plus propre et plus accessible, autant pour les visiteurs que pour moi-même.
Le site est devenu :
plus lisible
mieux structuré
plus cohérent avec mon univers
plus simple à mettre à jour
Cette refonte marque une volonté de professionnalisation progressive, mais surtout de reprendre le contrôle de mes outils. Un site n’est pas qu’une vitrine : c’est un espace de mémoire, d’archives, et de réflexion. Cette étape était nécessaire.

YouTube : continuité, persévérance et régularité
La chaîne YouTube a continué de vivre et d’évoluer cette année, avec une vraie régularité malgré les doutes et les pauses nécessaires.
Aujourd’hui, la chaîne compte :
475 abonnés
plus de 85 000 vues
77 vidéos publiées, formats longs et shorts confondus
Ce n’est pas une croissance fulgurante, mais c’est une croissance organique et sincère. Chaque vidéo est un fragment du parcours, une tentative, parfois une réussite, parfois un test qui n’aboutit pas complètement.
YouTube reste un espace compliqué, mais aussi un lieu d’expression important, où le processus compte autant que le résultat.

Une nouvelle étape professionnelle : Fabmanager à Bondy
Cette année a aussi marqué un tournant professionnel majeur avec mon embauche à Bondy en tant que Fabmanager.
Ce poste a profondément changé mon quotidien :
plus de responsabilités
plus d’animation
plus de gestion humaine
moins de temps “pur” pour mes projets personnels
Mais aussi :
plus de transmission
plus de rencontres
plus de confrontation au réel
plus de sens dans l’impact local
Être Fabmanager, ce n’est pas seulement gérer des machines : c’est accompagner des idées, des personnes, des envies. Une expérience exigeante, parfois épuisante, mais extrêmement enrichissante.
Changer de lieu, changer de rythme : Bondy comme point d’ancrage
Le départ à Bondy a marqué un changement plus profond qu’un simple déplacement géographique. Au début, il y avait une forme d’étrangeté difficile à nommer. Celle de se retrouver dans un emploi rémunéré où l’on se sent bien, où l’on se sent à sa place. Une situation qui, paradoxalement, paraît presque irréelle tant elle est rare. Il y a ce mélange étrange de gratitude et de doute, cette impression d’être chanceux, parfois même pas totalement légitime, comme si le confort devait forcément être provisoire.
Et pourtant, ce sentiment mérite d’être interrogé. Car rien de tout cela n’est arrivé par hasard.
Quand je regarde le chemin parcouru, je mesure à quel point il a été sinueux. Du CAP jusqu’à la licence, les étapes se sont enchaînées sans jamais être évidentes. Il y a eu des périodes où il fallait accepter des travaux alimentaires, nécessaires, parfois invisibles. Faire le ménage chez les gens, récurer des toilettes, enchaîner des heures sans reconnaissance particulière. Il y a eu aussi le travail comme menuisier nautique, sur des chantiers exigeants, parfois durs physiquement, dans l’univers très particulier des yachts de luxe. Un monde brillant en surface, mais qui repose sur un travail manuel intense, précis, souvent épuisant.
Il y a eu le design, l’artisanat, les ateliers, les chantiers. Des environnements très différents, parfois contradictoires, mais qui ont tous laissé une trace. Chaque expérience, même la plus ingrate, a participé à construire une forme de solidité. Une capacité d’adaptation, une compréhension du réel, du travail, de l’effort. Rien n’a été perdu.
Arriver aujourd’hui dans un poste où ces compétences se rejoignent, où la transmission, la technique et la création cohabitent, donne un sentiment étrange de privilège. Non pas un privilège arrogant, mais un privilège fragile, conscient de ce qu’il doit au chemin parcouru. Un privilège qui invite à la responsabilité autant qu’à la gratitude.
Avoir enfin un chez-soi, un lieu stable, change aussi profondément la manière de créer. Même avec ce tempérament de globe-trotter que je garde précieusement, même avec cette envie constante de mouvement et de découverte, le fait de pouvoir se poser, ne serait-ce que pour un temps, apporte une clarté nouvelle. Un espace où les projets peuvent respirer, mûrir, sans être sans cesse interrompus par l’urgence ou l’instabilité.
Bondy est devenu ce point d’ancrage. Un endroit où il est possible de se concentrer davantage sur ses projets personnels, de leur accorder une attention plus juste, plus régulière. Non pas pour renoncer au mouvement, mais pour mieux le préparer. Car partir n’a de sens que si l’on sait aussi revenir quelque part.
Ce changement de vie n’efface pas les doutes, ni les fragilités. Mais il offre une base. Une respiration. Une possibilité de construire autrement, avec un peu plus de douceur, un peu plus de conscience, et surtout avec la sensation rare — et précieuse — d’être enfin à un endroit où l’on peut continuer à avancer sans se perdre.
Être Fabmanager dans une cité n’a rien d’anodin. Ce métier prend une dimension très différente selon le lieu où il s’exerce, et travailler à Bondy n’a rien de comparable avec ce que l’on peut vivre dans d’autres villes, ailleurs en Île-de-France ou dans des contextes plus favorisés. Ici, le fablab n’est pas seulement un espace de machines ou de projets techniques. Il devient un lieu de respiration, un point d’entrée vers autre chose.
Bondy souffre encore d’une image lourde, souvent caricaturale, collée à la banlieue dans l’imaginaire collectif. Une image de violence, de repli, de manque. Mais cette vision est profondément réductrice. La réalité, celle que je vois au quotidien, est tout autre. Bondy est une ville pleine d’espoir, habitée par une jeunesse incroyablement vivante, curieuse, inventive. Des enfants et des adolescents qui ne demandent qu’une chose : apprendre, comprendre, jouer, expérimenter.
Dans ce contexte, le rôle de Fabmanager prend une dimension presque essentielle. Il ne s’agit pas seulement d’expliquer comment fonctionne une imprimante 3D, une découpeuse laser ou un circuit électronique. Il s’agit de rendre possible. De montrer que ces outils ne sont pas réservés à une élite, à des écoles privées ou à des parcours “idéaux”. Ils sont là, accessibles, concrets, à portée de main.
La grande différence avec d’autres territoires, c’est l’impact immédiat. Ici, une simple initiation peut déclencher une étincelle. Une passion naissante. Une curiosité nouvelle. Parfois même une vocation. Voir un jeune comprendre qu’il peut créer de ses propres mains, qu’il peut imaginer un objet, le fabriquer, l’améliorer, c’est un moment fort. Il n’y a pas besoin de reconnaissance, ni de gratitude. Il suffit de voir les yeux qui brillent, les questions qui fusent, les idées qui émergent.
Être utile prend ici tout son sens. Non pas dans une logique de performance ou de résultats mesurables, mais dans quelque chose de beaucoup plus simple et plus profond : ouvrir des possibles. Montrer que les métiers techniques, créatifs, artisanaux ou numériques sont accessibles. Qu’ils peuvent devenir des chemins professionnels, mais aussi des moyens d’expression et d’émancipation.
Ce qui fait le plus plaisir, ce n’est pas d’être reconnu comme un expert. C’est de voir des passions naître, des envies se formuler, des rêves se dessiner. De voir un enfant passer du jeu à l’apprentissage sans même s’en rendre compte. De sentir que, dans cet espace, quelque chose de positif se construit, doucement, durablement.
Dans une cité, un fablab n’est pas un luxe. C’est un outil de projection, un lieu où l’on peut imaginer un avenir différent. Et pouvoir y contribuer, même modestement, est sans doute l’une des expériences les plus riches et les plus porteuses de sens que cette année m’ait offertes.
Instagram : refonte, humour et culture maker
Instagram a également connu une refonte importante cette année.L’envie était de sortir d’un contenu trop figé pour explorer quelque chose de plus vivant, plus léger, plus direct.
Cela s’est traduit par :
la création de memes
des reels humoristiques
des formats courts autour du monde des makers, de l’électronique et du DIY
L’humour est devenu un outil à part entière : pour dédramatiser, pour créer du lien, pour parler de technique sans intimidation. Cette approche a permis de toucher autrement, et surtout de prendre du plaisir à publier.

Les premiers PCB : apprendre par l’erreur
Cette année a aussi été marquée par la réception de mes premiers PCB.Un moment très attendu, et forcément chargé d’émotion.
Malheureusement, des erreurs de découpe ont endommagé les cartes. Un échec apparent, mais en réalité une étape parfaitement normale dans un processus de prototypage.
Faire de l’électronique, c’est accepter :
de se tromper
de recommencer
de comprendre ses erreurs
Ces PCB ne sont pas “ratés”, ils sont des essais, et ils ont rempli leur rôle : apprendre.


Game jams : l’envie, mais pas toujours l’aboutissement
J’ai participé à plusieurs game jams cette année.Malgré l’énergie et l’envie, aucun de ces projets n’a réellement abouti.
Ce constat peut être frustrant, mais il révèle aussi quelque chose d’important : la difficulté à concilier créativité, contraintes de temps, fatigue et exigence personnelle. Les idées étaient là, la motivation aussi, mais pas toujours les conditions idéales.
Ces expériences ont néanmoins nourri des projets plus longs et plus profonds.
Des projets au long cours : L.A.O.S, LUMA, Kin-Jitsu, Zarha
Même lorsque certains projets n’ont pas été finalisés, d’autres ont continué d’évoluer en arrière-plan.
L.A.O.S, l’OS de la console
LUMA, le projet de console
Kin-Jitsu, jeu exigeant et structuré
Zarha, projet plus narratif
Tous ces projets ont avancé, parfois lentement, parfois de manière chaotique, mais toujours avec la même volonté : comprendre, apprendre et construire sur le long terme.
Découverte de nouveaux moteurs : Godot et Unity
Cette année a aussi été celle de la sortie de zone de confort côté développement.
Après des années passées principalement sur Construct 3, j’ai commencé à explorer :
Godot
Unity
Cette transition n’a pas été simple. Elle demande :
de repenser sa logique
de revenir à des bases plus techniques
d’accepter de redevenir débutant
Mais elle ouvre aussi des perspectives énormes, autant en termes de liberté que de compréhension des systèmes.
Nova — une présence qui apaise
L’arrivée de Nova dans ma vie n’a pas été anodine. Avec le recul, je peux le dire clairement : ce n’était pas un simple désir, mais un besoin profond, presque instinctif. Un besoin de calme, de présence, de quelque chose de vivant qui ne demande rien d’autre que de l’attention et du temps partagé. Depuis qu’il est là, quelque chose s’est apaisé en moi, comme si le bruit intérieur avait enfin trouvé un contrepoint doux et constant.
Voir Nova grandir est une expérience à part entière. Chaque jour, il change un peu. Il apprend, il observe, il explore son environnement avec une curiosité intacte. Il y a dans cette évolution quelque chose de profondément rassurant, presque méditatif. Regarder un être vivant se construire sous ses yeux rappelle que tout prend du temps, que rien n’est figé, et que la croissance n’est jamais linéaire. Cela m’a appris à être plus patient, plus attentif, plus indulgent aussi, envers moi-même.
Il y a un moment de la journée qui est devenu particulièrement précieux : le retour du travail. Après des heures parfois lourdes, techniques, intenses mentalement, ouvrir la porte et le voir venir à ma rencontre est un véritable soulagement. Ce geste simple, répété chaque jour, agit comme une transition douce entre l’extérieur et l’intérieur, entre le tumulte et le refuge. À cet instant précis, la fatigue trouve un endroit où se poser.
Les soirées ont, elles aussi, changé de texture. Dans le silence de l’hiver, quand les journées se font plus courtes et que le froid pousse à se replier, Nova vient souvent se coller contre moi pendant que je regarde un film. Il s’installe, tranquille, confiant. Cette proximité silencieuse, cette chaleur partagée, a quelque chose de profondément réconfortant. Ce sont des moments suspendus, simples, presque invisibles, mais qui portent une grande force. Un plaisir discret, mais immense.
Nova est devenu un point d’ancrage. Une présence qui rappelle l’importance du rythme, du soin, de l’attention portée au présent. Il ne juge pas, n’attend rien d’autre que d’être là. Et dans cette simplicité, il m’a offert bien plus que je ne l’aurais imaginé : une forme de stabilité émotionnelle, un apaisement durable, et une douceur précieuse au cœur d’une année dense et parfois éprouvante.
À sa manière, Nova incarne le renouveau. Une petite étoile apparue dans un moment de transition, apportant avec elle une lumière calme, constante, et profondément nécessaire.

Créer du lien : nouvelles rencontres et anciens liens retrouvés
Cette année a aussi été celle des rencontres :
de nouvelles connaissances
de nouveaux échanges
mais aussi le fait de renouer avec d’anciens amis, parfois perdus de vue
Créer, travailler, transmettre, tout cela n’a de sens que dans le lien humain. Cette dimension a pris une place de plus en plus importante au fil des mois.
Conclusion — 2026, le temps long comme promesse
Regarder vers 2026, aujourd’hui, ce n’est plus regarder vers une ligne d’arrivée. Ce n’est plus attendre un moment où tout serait enfin terminé, validé, reconnu. C’est au contraire accepter que le chemin lui-même soit la matière principale du projet. Que la construction soit plus importante que la sortie. Que la cohérence vaille mieux que la précipitation.
Pour l’année à venir, les objectifs seront volontairement simples, clairs et atteignables. Non pas par manque d’ambition, mais par respect du réel. Avancer pas à pas, comprendre chaque étape avant de vouloir la dépasser, consolider avant d’empiler. Ce choix n’est pas un renoncement : c’est une stratégie de long terme, une manière de protéger ce qui est en train de naître.
Je sais désormais que la console ne sortira pas en 2026. Peut-être pas en 2027 non plus. Et cette certitude ne génère plus d’angoisse. Elle apporte au contraire une forme de calme. Parce que ce type de projet — hybride, artisanal, technique, humain — ne se plie pas aux calendriers artificiels. Il demande du temps pour mûrir, pour échouer, pour être corrigé, repensé, parfois entièrement réinventé.
Il faut du temps pour comprendre un système. Il faut du temps pour comprendre un usage. Il faut du temps pour comprendre ce que l’on veut vraiment transmettre.
Les grandes œuvres, dans le jeu vidéo comme ailleurs, ne sont jamais nées dans l’urgence. Shigeru Miyamoto a souvent expliqué que ses idées les plus simples étaient celles qui avaient demandé le plus de maturation. Gunpei Yokoi a bâti une philosophie entière autour de l’utilisation de technologies maîtrisées plutôt que flamboyantes. Même John Carmack, souvent perçu comme un symbole de performance et d’obsession technique, a toujours insisté sur la compréhension profonde avant l’optimisation, sur la rigueur avant la vitesse.
Ces trajectoires rappellent une chose essentielle : ce qui dure n’est jamais pressé.
Pour continuer, il faudra bien sûr de la passion. Sans elle, rien ne résiste à la fatigue, aux doutes, aux moments de creux. Il faudra aussi un peu d’argent, parce que les projets concrets ont des besoins concrets, et que l’idéalisme ne remplace pas les ressources matérielles. Mais plus que tout, il faudra de la confiance. Une confiance calme, patiente, presque silencieuse.
Confiance dans le fait que chaque erreur apprend quelque chose.Confiance dans le fait que les détours ne sont pas des pertes de temps.Confiance dans le fait que l’on peut avancer sans se comparer constamment.
2026 sera une année de consolidation. Une année pour approfondir plutôt que multiplier. Pour documenter plutôt que dissimuler. Pour transmettre plutôt que prouver. Une année où l’essentiel ne sera pas de “réussir”, mais de continuer sans se trahir.
Il n’y aura sans doute pas de grande annonce spectaculaire. Pas de révélation soudaine. Mais il y aura des prototypes plus solides, des idées plus claires, des compétences mieux ancrées. Il y aura des rencontres, des échanges, des regards curieux. Il y aura des moments de doute aussi, inévitables, mais ils seront accueillis autrement, comme des indicateurs plutôt que des verdicts.
Dans un monde qui valorise la vitesse, la productivité et l’instantanéité, choisir le temps long est presque un acte de résistance. C’est refuser de transformer la création en course. C’est accepter que certaines choses demandent plusieurs années pour exister correctement. C’est reconnaître que la valeur ne se mesure pas uniquement en visibilité ou en chiffres, mais en cohérence et en sens.
La route est encore longue, oui. Mais elle est désormais lisible. Et tant qu’il y aura cette envie de comprendre, de transmettre, de créer avec sincérité, tant qu’il y aura cette capacité à croire que le temps peut être un allié plutôt qu’un ennemi, alors le reste suivra.
La console verra le jour quand elle devra le faire. Les projets évolueront à leur rythme. Et le chemin, lui, continuera d’exister, vivant, imparfait, mais profondément honnête.
2026 n’est pas une promesse de réussite. C’est une promesse de continuité. Et parfois, c’est exactement ce dont on a besoin pour avancer.



















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